Basse Cour.
Les mecs et moi, c’est une histoire de calinades et un désir infini d’être proche d'eux. Mais c’est aussi l’histoire d’une réconciliation avec mon propre corps, avec mon identité, avec ce corps de femme si lointain qui a été sali, bafoué, oublié et humilié. Et avec mon identité d’homme transgenre, que j’ai finalement trouvé tardivement, à leur contact.

A travers eux, lentement, je me suis perdue, détruite, puis reconstruite et réconcilié avec moi même. C’est l’histoire de ces petites intimités qui m’ont forgé, et de ses passions que je chérie.
Il m’aurait fallu du temps pour l’apprivoiser, pour ne plus sentir l’oppression et arrêter de me soumettre aux corps des hommes. Sans mesure, je me fondais dans la passion et me perdais dans leur chair.
Je pensais vouloir. Après tout, j’avais fait en sorte d’en arriver jusque là. Ça devait être bien qu’inconsciemment, je l’avais cherchais. Mon hypersensibilité me faisait défaut. Ma générosité me trompait. Mon éducation me biaisait. Mon envie de vivre pleinement, d’être aimée, d’expérimenter… toutes ces tentatives de combler le manque me trompaient, et plus je me laissais aimer, plus je m’engouffrais.


Sans le vouloir, leurs regards ont façonné le mien. Ils m’ont permis d'ouvrir des portes, parfois petites, souvent discrètes, les sensibilités se sont échangés, l'énergie a circulé. De ces rencontres intimes avec les hommes, naissent des sensations nouvelles, parfois incompréhensibles, souvent contradictoires, des ébullitions que je ne comprenais qu'une fois l'instant passé et le chapitre clos. A leur contact, je prenais la douceur et l’amour dont j’avais besoin. La douceur des hommes. Celles dont on ne parle pas.
Je vivais des choses magnifiques, déroutantes, uniques. Des petites intimités, parfois longues, parfois des peu sincères, souvent de très belles. Mais malgré tout, je ne savais pas me positionner, ni me faire respecter, ni même ce que je foutais là. Personne ne m’avais appris, et personne ne leur avais appris, à eux non plus.
Je désirais seulement rencontrer l’autre. Je ne savais pas comment faire avec ce sentiment qui était si fort. La drague s'immisçait, mais j’étais juste curieuse de l’autre, de son histoire, de ses émotions, de le connaître vraiment. Je n’ai jamais su faire avec les normes sociales. Je me retrouvais otage d‘un jeu que je pensais initier mais dont j’ignorais les règles.
Où était la limite ? Où étaient mes limites ?
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Malgrè tout, je me sentais réconfortée par les hommes. De tous les hommes. J’avais envie d’être en lien avec tous. Je retrouvais mon frère, mon père, j’apprivoisais le regard que l’on portrait sur moi, et donc que je portais sur moi même. Et je me suis laissée embarquer : je voulais des amis, je me faisais des amants.
Je me perdais dans le corps des hommes pour combler mon manque d’amour envers moi même, et mon manque de tendresse. Je me trompais de relation.
J’avais besoin de me reposer sur quelqu’un, de n’importe quelle épaule sur laquelle je pouvais poser la tête, m'assoupir, pleurer, rire. Je troquais parfois mon corps contre un peu de douceur, contre un peu de temps. Je combattais mes insomnies à coup d’orgasmes automatiques, et je consommais du sexe pour m’évader de mon corps.
Comment peut-on être si loin de soi ? Qu’est ce que j’étais en train de faire ? Qui étaient-ils ? Pourquoi sont-ils devenus si importants à mes yeux ?
Petit à petit, je me suis laissée envahir. J’aimais cette proximité avec les hommes.
Tous ces hommes qui m’ont, malgré eux, sauvé.






















